Projet Women in action

Le projet « Women in progressive development » vise à réduire la précarité en milieu rural pour les jeunes filles en situation de vulnérabilité et/ou de handicap et favoriser leur autonomisation. Il consiste à réhabiliter un centre de formation professionnel déjà existant à Akuakrom (50 km de Kumasi) dans les métiers de l’artisanat, coiffure, cordonnerie, couture. L’objectif à terme (deux ans) est de former  90 élèves  dans ces disciplines, avec un quota spécifique réservé aux jeunes femmes en situation d’handicap. Il s’agit de leur offrir des formations diplomantes pour qu’elles bénéficient d’opportunités d’insertion professionnelle. Un volet sensibilisation sur les thèmes de l’hygiène, la santé maternelle, infantile et reproductive est également inclus.

 

La première phase du projet a démarré en décembre 2013 avec la remise, par l’ambassadeur du Ghana en France, d’un chèque de 67 500 cédis. Il a permis le lancement de la réhabilitation du collège, destiné à accueillir le nouveau centre, ainsi que la réalisation de plusieurs séances de sensibilisation auprès des femmes, sur le domaine de la santé principalement mais aussi des cours d’alphabétisation. Les bénéficiaires de ce projet sont prioritairement les jeunes filles qui seront élèves du centre mais il vise également à sensibiliser de manière générale le public féminin du village d’Akuakrom et alentours.

Six mois après le début du projet, la construction du centre est désormais achevée et les investissements matériels les plus conséquents ont été réalisés en amont de la forte hausse des prix des équipements au Ghana.

 

Le fort engouement des jeunes pour les différents corps de métiers (plus de 100 préinscriptions pour 60 places disponibles) est confirme le choix des domaines de formations proposés. Des partenariats sont en cours avec des entreprises locales afin de mettre en place le système d’alternance permettant d’assurer une autonomie financière pour les élèves. Trois mécènes ont également été identifiés localement pour parrainer une quarantaine d’élèves en difficulté. Les sessions de sensibilisation sur les thématiques de santé ainsi que les cours d’alphabétisation ont pu être lancés dès octobre 2013.

 

Le bilan financier fait apparaître une augmentation sensible des dépenses liées aux investissements immobiliers. Le niveau de réhabilitation du bâtiment existant avait en effet été sous-estimé. Des ouvriers supplémentaires ont donc du être embauchés, entrainant des coûts supplémentaires mais en même temps un impact positif sur l’emploi local. La diminution des frais de scolarité annuels, demandée par les partenaires locaux en concertation avec les parents d’élèves, sera à prendre en compte pour la pérennisation du projet.

 

Malgré les partenariats forts que l’association a noué localement, notamment avec la Ghana Society of The Physically Disabled et Akuakrom Development Project, Back to Roots se veut très impliqué dans le suivi du projet et souhaite au maximum assurer sa présence sur le terrain tant que des investissements importants seront encore à réaliser. Le bilan est donc globalement positif et l’inauguration est prévue d’ici à la fin de l’année 2014, après une période de fonctionnement expérimental.


 

Accès à l’éducation

Akuakrom est un village situé dans le centre du Ghana, dans les régions Ashanti et le district de Sekyere East.

Selon une enquête de l’ONG World Vision dans le cadre de l’« East Area Development Programme » [1], la scolarisation des garçons et des filles dans le District de Sekyere East est plus faible que la moyenne nationale (86% contre 90%). De même, le pourcentage de garçons et de filles ayant le niveau scolaire correspondant à leur âge dans les deux Districts n’est que de 50 % en moyenne. Les élèves de Sekyere East semblent ainsi commencer l’école tardivement et rapidement abandonner, sans forcément terminer leur cursus.

De part sa situation, Akuakrom est de première importance pour de nombreux habitants de la région. En effet, bien que sa population effective soit de 2800 personnes (avec les hameaux), ce sont plus de 12 000 personnes (avec les villages environnants) qui dépendent de son activité. A l’heure actuelle, le village d’Akuakrom est équipé d’une crèche, d’une école primaire et d’un collège. Cependant, l’absence de lycée ou centre de formation ne permet pas aux jeunes scolarisés de terminer leur cursus éducatif. Ceci engendre deux problèmes majeurs pour l’évolution d’Akuakrom et de sa région : tout d’abord un manque de formation basique et professionnelle qui oblige la plupart des jeunes à s’orienter par défaut vers une agriculture non professionnalisante; ensuite, cela engendre une stagnation sociale et économique de la région. En effet, l’activité économique de la zone est essentiellement agricole (95%) et basée sur la production. La mise en place de l’usine Cottage Industry, a permis de valoriser une partie des produits par la transformation et de créer quelques emplois, mais les autres activités sont rares, ce qui entraîne une stagnation pour le développement de la zone. Beaucoup de jeunes partent chercher d’autres opportunités dans les grandes villes.

 

Inégalités de genre

L’accès à l’éducation se caractérise également par de fortes inégalités de genre et entre zones urbaines et rurales. Les filles en milieu rural sont en effet les plus touchées par le manque d’éducation. Ainsi, l’accès à l’éducation secondaire en milieu rural est de 13% pour les garçons contre 3% pour les filles (Gender Inequalities in Rural Employment in Ghana, An Overview, Prepared by the Gender, Equity and Rural Employment Division of FAO 2012). Dans les zones rurales, seulement 29% des femmes sont alphabétisées comparé à 52% d’hommes. De plus, 71% de femmes en milieu rural n’ont pas eu accès à une éducation primaire.

À l’âge de 18 ans, le taux d’abandon scolaire des filles monte à 57 % contre 32 % pour les garçons. Cette situation résulte de plusieurs facteurs : grossesse précoce (qui entraîne souvent le rejet de la famille), l’aide aux tâches ménagères, dans les champs, ou à la surveillance des jeunes frères et sœurs, manque de moyens des parents qui préfèrent (en cas de possibilité) privilégier l’éducation des garçons, désintérêt de la part des jeunes, face notamment aux manques d’opportunités de leurs aînés à la suite de leur scolarisation.

A Akuakrom spécifiquement, l’épanouissement social et professionnel des femmes se heurte au poids des traditions. Les parents privilégient l’éducation de leurs garçons plutôt que celle de leurs filles qui doivent rester à la maison pour garder les enfants et faire les travaux ménagers ou des champs. Aussi, malgré leur abolition, certaines familles continuent de pratiquer clandestinement certains rites comme le « kyiribra » (qui consiste à faire défiler nues dans le village les jeunes filles tombées enceintes avant le mariage avant de les expulser) ou la « dipo » (qui consiste à exposer à moitié nues devant la population les jeunes filles qui ont leurs premières menstruations).

Ces nombreux facteurs, associés à un manque d’alternatives viables pour ces jeunes filles « sans éducation », les poussent à se rendre en ville. Le « travail forcé » des enfants, en majorité des filles âgées entre 10 ans et 25 ans, est donc dû principalement au manque d’éducation et au manque de débouchés professionnels, notamment lié à la faible offre de formation professionnelle accessible.

 

La situation des jeunes filles et femmes en situation de handicap est un témoin supplémentaire de cette réalité. En effet dans les milieux ruraux, la femme reste considérée comme un être de second rang ou second ordre et, d’autre part, le handicap moteur ou mental est lui-même considéré comme un fardeau. Les jeunes femmes handicapées se retrouvent pour la plupart dans des situations d’extrême précarité, voire sont abandonnées et tombent entre les griffes des trafiquants. Ces derniers les utilisent comme des esclaves et les envoient dans les grandes villes ; les poussant à la mendicité aux abords des routes. Dans le District de Sekyere East, plus de 40% de la population handicapée est constitué de filles mineures. Ceci demeure la raison principale pour laquelle nous avons choisi de travailler en partenariat direct avec la Ghana National Society of the Physically Disabled (GSPD).

 

La question sanitaire

De plus, la dimension genre pour la prévalence sida témoigne d’une disparité importante, avec notamment une moyenne nationale de 1,3% pour les jeunes femmes de 15 à 24 ans contre 0,5% pour les jeunes hommes de la même tranche d’âge.

Dans la région d’Akuakrom, plusieurs femmes n’ont par exemple pas connaissance de l’existence du SIDA ou leur religion leur interdit de le croire. Elles ne sont pas informées sur la contraception et face au taux élevé de prévalence SIDA dans la région et sur la population cible, il apparaît essentiel de communiquer afin de prévenir des risques. De plus, les filles mères sont souvent amenées à s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, sans aucun conseil de leur entourage ; des questions nutritives ou autres peuvent être la cause de maladies chez l’enfant et la mère. Elles ignorent plus généralement les règles hygiène et les problèmes sous-jacents liés à leur propre santé.

Dans ce contexte, quatre axes d’intervention ont été privilégiés pour ce projet…

– Proposer des formations professionnelles diplômantes et accessibles, qui intéressent la population des jeunes filles et qui sont porteuses d’avenir. Des opportunités professionnelles pour les jeunes filles en situation de précarité  seront ainsi créées, leur donnant les moyens d’œuvrer à leur autonomisation.

– Accompagner ces jeunes vers leur autonomisation, en les mettant en relation avec les organismes ressources adaptés et en leur offrant les conditions qui leur permettant de s’assumer financièrement tout au long de leur scolarité

– Favoriser l’organisation de groupes de discussion pour accompagner le changement social vis-à-vis des mœurs, notamment la notion de genre.

– Faciliter l’accès des jeunes et des femmes en général à l’éducation (alphabétisation) et aux informations essentielles dans les domaines des droits fondamentaux et de la santé.

…Avec les objectifs suivants :

Objectif global :

  • Réduire la précarité en milieu rural et semi-rural pour au moins 90 jeunes filles en situation de vulnérabilité et de handicap et favoriser leur autonomisation.

Objectifs spécifiques :

1 – Proposer des nouvelles perspectives professionnelles et porteuses d’avenir  aux jeunes filles en situation de précarité, de vulnérabilité et/ou d’handicap

2 – Renforcer les capacités des bénéficiaires dans leur démarche d’autonomisation économique par le soutien aux initiatives d’entreprenariat féminin ;

3 – Renforcer la capacité des bénéficiaires à se prendre en charge dans les domaines du droit, de la santé et de la famille ;

4 – Assurer la promotion économique de la femme et son acceptation au sein de la société par l’initiative à l’entreprenariat féminin et la participation à l’activité de développement de son milieu

 

Mis à part le changement des prix de matériaux et des matières premières qui a apporté des modifications par rapport au budget prévisionnel des dépenses, il n’y a pas de changement notable pour l’instant.

Le projet a le soutien du préfet du district de Sekyere East ainsi que de la population, dont les personnes concernées assistent déjà aux réunions de sensibilisation.

Les partenaires adhèrent à la démarche et le pays est stable. Des dispositions seront peut-être à venir après l’ouverture des formations.

 

Au moment du lancement du projet, les différents rôles étaient répartis de la manière suivante :

Au Ghana 

  • Les membres de l’association Akuakrom development project (ADP) assurent le montage, la mise en place, la coordination, et la gestion du projet au niveau local;
    • Les membres de l’Akuakrom traditional council – Council of Elders conseillent et accompagnent la réalisation du projet matériellement et auprès de la population ;
    • Les membres de l’association Akuakrom development committee (ADC) qui prend en charge le bâtiment et met à disposition la population pour la réalisation des travaux d’intérêts général ;
    • Les responsables de la Ghana Society of The Physically Disabled, antenne de Sekyere East (GSPD) interviennent pour la réalisation d’études préalables et le recrutement des élèves handicapées ;
    • Home Solution, dont la directrice Ophelia Osei, assure la coordination du projet au niveau local (personne ressource)

 

En France 

  • L’association Back to Roots s’est investie dans le montage du projet et conserve le rôle d’appui à la coordination, à la gestion et à l’évaluation du projet ;
  • Le COSIM Rhône-Alpes (Collectif des Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations) est intervenu dans le montage du dossier de demande et est sollicité en appui au suivi du projet;
  • L’association Codéveloppement Sans Frontières est également intervenue pour l’appui-conseil du montage du projet.

 

Suite au démarrage des activités, des changements dans la répartition des rôles ont eu lieu.

Au Ghana

Nous avons choisi de rompre le partenariat avec Home solutions car la responsable, Mme Osei, demandait des salaires de consultante, qui étaient trop cher pour notre projet. Par contre nous avons maintenu les autres partenaires ; M. Samuel Konadu (ADP) se déplace fréquemment d’Accra pour superviser le projet, et le président de GSPD, M.Daniel Baah, ayant son domicile à Senieja (1 km d’Akuakrom), se déplace tous les jours à Akuakrom et nous envoie les rapports mensuels (sur le développement du projet).

Un nouveau contact a été pris avec l’association Flying Horse Foundation, agissant à Brofuyedu, qui souhaite réellement s’impliquer dans ce projet. Elle assure la participation de la population de Brofuyedu au projet.

Deux entreprises locales, Mena Adoma Farms et Odubek Ventures sont engagées dans le projet via le parrainage des élèves. Elles deviennent ainsi des actrices importantes.

En France

Les partenariats et les rôles de chacun restent inchangés. Back To Roots reste l’acteur principal.

Ainsi, des membres de Back to Roots viendront en mission à partir du mois de septembre 2014. En effet, M.Boachie-Duah (président) se déplacera au Ghana au mois de septembre, et Madame et Monsieur Chevallier reviendront au mois d’octobre, Madame Merzougui Sabrina viendra prendre le relais auprès de M.Boachie-Duah. Oscar, Benjamin, et Karl Guetat viendront apporter leur appui par la suite. M. Guillaume Chevallier (secrétaire) viendra également à Akuakrom afin de superviser la finalisation du projet.

Détails et commentaires sur les activités :

 

Remarque générale : les lieux-dits ciblés ont été regroupés autour des principaux bourgs autour d’Akuakrom. Certains étant espacés de deux à trois kilomètres, nous avons préféré indiquer le lieu le plus peuplé à proximité.

 

  • Construction

 

Le démarrage du chantier en novembre est survenu en même temps que la saison agricole. Ceci a empêché beaucoup de personnes de participer aux travaux d’intérêt généraux avant le mois de janvier (à la fin de la saison). Les travaux d’intérêts généraux sont normalement prévus une fois par semaine en matinée. La pénurie de bénévoles a contraint à proposer aux bénévoles de rester toute la journée (jusqu’à 18h) en échange d’un repas fourni ainsi qu’à engager de la main d’œuvre professionnelle supplémentaire sur la période concernée. Les frais de nourriture et de personnel ont été en supplément du budget initial.

 

La charge de travail pour la réhabilitation du bâtiment a été légèrement sous-estimée et donc la quantité de matières premières nécessaires. Il a fallu augmenter le nombre de moellons, le ciment pour faire le crépi, etc. La vétusté du bâtiment a également nécessité de renouveler une partie du toit, en changeant la couverture de tôles et d’engager un couvreur et ses deux assistants. Ces éléments associés à l’inflation généralisée des matières premières, ont eu des conséquences sur la mobilisation des ressources humaines et sur le plan budgétaire.

 

Afin de renforcer la sécurité du bâtiment, des barres de fer ont été achetées en supplément pour protéger les portes et les fenêtres. Ceci a impliqué le recrutement d’un soudeur.

Pour améliorer la visibilité des partenaires, le budget communication a du être augmenté avec certains achats : des drapeaux français et ghanéen et des porte-drapeaux ont été achetés et seront à installer devant le bâtiment. Des panneaux de signalisation avec les logos des différents partenaires financiers (comportant la mention « financé par ») ont été réalisés.

 

Personnel salarié impliqué : 6 maçons et 12 assistants pendant un mois, 1 peintre et son assistant, 1 chef de chantier, 1 plombier et son assistant, 4 électriciens, 1 soudeur et son assistant, 1 charpentier et ses deux assistants.

Partenaires impliqués :

La participation d’ADP au suivi du projet a été forte mais le représentant étant basé à Accra pour son travail, les frais de déplacements ont été jugés trop importants pour maintenir la régularité de visite hebdomadaire. Back To Roots a ainsi pris le relai pendant la durée de son séjour sur le terrain, avec l’appui de l’association Flying Horse de Brofuyedu. La participation d’Home Solutions a finalement pris la forme de prestation de consultance, ne respectant pas les termes de l’accord initial. Une semaine après le démarrage du chantier, le contrat a donc été rompu.

 

  • Recrutement

 

Au lieu des trois formateurs prévus au début du projet, la mission du lancement du projet a conduit au recrutement  de sept professeurs et un gestionnaire. En effet, le centre doit également enseigner des spécialités dans chaque domaine et il n’existe pas de professeur qui puisse enseigner toutes les matières du domaine en même temps.

 

 

 

Les différents enseignants engagés se répartissent de la manière suivante :

 

  • Couture (3 personnes) : broderie, Batik, Couture
  • Coiffure (2 personnes, barbier et tresseuse à mi-temps): coiffeuse, barbier, tresseuse
  • Cordonnerie (1 personne): Cordonnerie

 

En tant que spécialiste, les formateurs devront être rémunérés mensuellement de manière plus importante, de 2000 Ghc, leur salaire passera à 5000 Ghc. Associé à l’augmentation du nombre de professeurs, la ligne budgétaire pour le personnel augmentera fortement.

5.1. Alternance et mécénat

Suite au lancement du projet, plusieurs entreprises et structures de la zone ont été approchées par les porteurs du projet et ont accepté de s’impliquer pour ce volet :

  • Mena Adoma Farm[1], société d’élevage basée à Akuakrom a fait la promesse d’engager 10 personnes à mi-temps sur son exploitation afin de les aider à atteindre leur autonomie financière. Il s’est également engagé à parrainer 10 élèves à hauteur de 1000 Ghana Cédi chacun, qui correspondent aux frais de scolarité annuels. Un contrat sera passé avec les élèves notifiant notamment que le manque d’assiduité au centre entraine le renvoi de l’entreprise.
  • Odubek Ventures[2], société avicole basée à Akuakrom, dont le directeur s’est engagé à employer 6 élèves à mi-temps. Des contrats seront également créés.
  • Le directeur de Flying horse fundation[3], ONG basée à Brofuyedu dont la mission est de venir en aide aux femmes et aux jeunes a assuré que sa structure prendra en charge les frais de scolarité de 30 élèves, sur un modèle de mécénat.

 

[1] http://www.menadomafarms.com/

[2] http://www.odubekventures.com/

[3] http://flying-horse-foundation-inc.idilogic.aidpage.com/flying-horse-foundation-inc/